Tombeau de Napoléon Ier aux Invalides, Paris.

La mort de Napoléon Bonaparte à Sainte-Hélène : un si grand mystère ?

Lorsque mourut Napoléon à Sainte-Hélène, la question des causes de sa mort devint rapidement sujet à débats. Cancer ? Poison ? Les passions s’échauffent à ces seules évocations, car Bonaparte passa maître dans l’art - au-delà de sa mort - d’alimenter sa propre légende. Qui ne serait tenté d’imaginer une fin romanesque à la hauteur de ce personnage hors-norme ? 

Napoléon Bonaparte meurt à Sainte-Hélène

Le 5 mai 1821 à 17h49 s’éteint à 51 ans celui qui domina un temps presque toute l’Europe. Suscitant autant l’admiration, la crainte que la haine (les grands auteurs tels que Tolstoï, Germaine de Staël ou Chateaubriand nous en laissèrent de vifs souvenirs), l’Empereur exilé meurt pourtant après de longues souffrances dans sa maison de Longwood sans même laisser un bon mot à la postérité (ses dernières paroles furent confuses et peu compréhensibles). 

Depuis le mois de mars, Napoléon était alité et supportait de moins en moins les aliments, s’affaiblissant rapidement. Persuadé depuis fort longtemps que le mal qui emporta son père (un squirre cancéreux au pylore) aurait raison de lui, il refusa dans le dernier mois qui précéda son décès la plupart des médicaments prescrits par ses médecins. Néanmoins, ces derniers décidèrent le 4 mai de passer outre la volonté pourtant claire de Napoléon Ier, s’accordant avec fort peu de bon sens sur l’administration d’une dose de calomel diluée dans un verre d’eau. Seul le docteur François Antommarchi (1780/89 – 1838) s’y opposa farouchement sans remporter aucun succès. Louis-Joseph-Narcisse Marchand (1791 – 1876), fidèle compagnon de l’empereur, fut chargé de donner le remède secret, mission dont il s’acquitta douloureusement lorsque Bonaparte, ayant bu le contenu du verre lui dit « avec un ton de reproche si affectueux […] : « Tu me trompes aussi ? » », Marchand, bouleversé, manquait en effet à sa promesse de ne rien lui administrer sans sa permission. La calomel eut certes un effet mais probablement pas celui escompté et c’est ainsi que le 5 mai en fin d’après-midi, Napoléon expira. Lorsque minuit fut passé, on déplaça le corps puis on prit soin de le laver pour le purifier à l’aide de l’eau de Cologne qu’il aimait tant mêlée d’un peu d’eau de la fontaine de Torbett. 

Bien que la dernière volonté de l’empereur fut d’être inhumé en France, le gouvernement anglais s’y opposa fermement par l’intermédiaire du gouverneur de l’île qui cependant laissa libre les proches du défunt de choisir un lieu de sépulture à Sainte-Hélène.

La tombe - désormais vide - de Napoléon Ier à Sainte-Hélène.
La tombe - désormais vide - de Napoléon Ier à Sainte-Hélène.

Quelques années auparavant, Napoléon avait découvert la fontaine Torbett en compagnie de Henri-Gatien Bertrand (1773 – 1884) et avait recommandé que : « si après [sa] mort, [son] corps reste entre les mains de [ses] ennemis, vous le déposerez ici. » Le lieu s’imposa donc de lui-même. L’artisan tapissier Andrew Darling qui supervisa la fabrication des cercueils note qu’il lui fut spécifié que « les cercueils devaient être le premier en fer blanc, garni de satin rembourré de coton, avec au fond un petit matelas et un oreiller faits des mêmes matières ; le second en bois ; le troisième en plomb ; et enfin un cercueil d’acajou recouvert de velours pourpre, si on pouvait s’en procurer. » L’acajou étant un bois rare, on sacrifia une table de cette essence pour la confection du dernier cercueil. 

Après l’autopsie de Napoléon, le cœur et l’estomac furent placés dans deux vases d’argent remplis d’esprit de vin. Ces vases furent hermétiquement fermés puis placés dans le cercueil. On scella de la même manière les cercueils successifs. Moultes précautions furent prises pour faire de la tombe de Napoléon une forteresse imprenable (on coula  du ciment dans la fosse avant de poser par-dessus trois lourdes dalles et une grille de fonte). La stèle resta cependant muette puisque, sans que cela soit une surprise, Français et Anglais ne s’accordèrent jamais sur l’inscription qui désignerait au plus juste l’identité du défunt ; chaque nation ayant une idée très arrêtée de ce qu’elle entendait par « juste ».  

Napoléon prépare sa légende

Bien avant de mourir et dès lors même qu’il fut à Sainte-Hélène, l’empereur demeura un féroce adversaire des Anglais. La décision de l’isoler au milieu de l’Atlantique était donc la moindre des choses et sûrement les Britanniques ne furent-ils pas surpris de voir s’exercer le rare talent que Napoléon déploya à systématiquement saper leur autorité. Emmanuel Las Cases (1766 – 1842) témoigne dans ses Mémoires des trésors d’inventivité dont fit montre Bonaparte pour donner à l’Europe l’image d’une captivité déshonorante faisant des Anglais des personnages abominables et tout à fait dénués d’humanité. Pourtant la réalité fut toute autre et Napoléon se vit bien traité malgré quelques questions financières et d’étiquette qui mirent souvent Bonaparte dans une colère noire (les Anglais en charge de sa surveillance lui opposèrent avec constance et détermination le titre de « général » quand Bonaparte exigeait celui d’ « empereur » qu’il considérait légitime et de plein droit). Ainsi, notre Corse fit par exemple vendre son argenterie sur la place de Jamestown pour faire croire qu’il se trouvait aux derniers échelons de la pauvreté. Les marchands de passage revenant des Indes devaient, à leur insu, jouer le rôle de commères en Europe et répandre l’infâme nouvelle. Jean Tulard, historien et spécialiste de Napoléon Ier, rappelle également que Napoléon donna « un rôle odieux à Hudson Lowe (1769 – 1844), qui par ailleurs, n’était pas un monstre de finesse ». Avant d’embarquer à l’Île d’Aix en juillet 1815 Napoléon Ier avait refusé plusieurs projets d’évasion, « il valait mieux pour sa légende qu’il meure, comme il le dira, assassiné par le gouvernement britannique » rappelle Pierre Branda, historien français spécialiste du Consulat et du Premier Empire. L’homme avait déjà une conscience aiguisée de sa postérité.

De quoi Napoléon Bonaparte est-il mort ?

À moins de profaner le tombeau des Invalides, le saura-t-on jamais avec certitude ? Néanmoins, les nombreux récits de ses proches et des personnes témoins de son enterrement et de ses relations pour le moins conflictuelles avec ses flegmatiques geôliers britanniques orientent davantage la piste de l’enquête vers une mort de cause pathologique que vers celle d’un perfide empoisonnement. Bien sûr, cette dernière théorie a de quoi séduire ! Un personnage historique de cette envergure peut-il mourir bêtement d’un estomac défaillant ? Il semblerait pourtant que nous devions nous en accommoder.

Masque mortuaire de Napoléon, Musée de l’Armée, Paris
Masque mortuaire de Napoléon, Musée de l’Armée, Paris

D’aucuns brandissent les traces d’arsenic détectées dans ses cheveux mais c’est oublier bien vite qu’on en trouva également dans ceux de Joséphine et de l’Aiglon. C’est ignorer aussi qu’au XIXe siècle, l’arsenic fut très répandu dans un rôle tout autre que celui de poison, à tel point qu’il était souvent rangé dans la cuisine (et servit parfois d’ingrédient malheureux ou criminel à une gastronomie peu recommandable). Il servait ainsi à la fabrication des bougies, des cigarettes, des pigments de tapisserie, de teinture, de peinture ou encore de cosmétiques. De nombreuses mèches de cheveux de l’impériale tête furent étudiées. On en conclut presque systématiquement que les doses étaient certes élevées, mais pas pour le XIXe siècle. Par ailleurs, puisque la racine des cheveux présentait des traces d’arsenic, certains avancèrent qu’il s’agissait là de la preuve que Napoléon avait ingérer le poison par les aliments ou le vin. Il eut d’abord fallu que l’empoisonneur soit un des proches de l’empereur et fasse montre d’une extrême patience car l’homme ne mourrait certainement pas foudroyé par de si faibles doses d’arsenic, à moins qu’on envisage un empoisonnement au long cours. Malheureusement, le « service à la française » régnant à la table de Longwood (les plats sont présentés sur la table, chacun se sert), il eut bien fallut que le criminel s’empoisonnasse également ! Comme le résume malicieusement Jean Tulard, soit l’empoisonneur n’était pas doué, soit il a quand même mis beaucoup de temps pour le tuer.

Quant est-il du corps que l’on retrouva presque intact en 1840 lors de son rapatriement aux Invalides ? 

Tombeau de Napoléon Ier aux Invalides, Paris.
Tombeau de Napoléon Ier aux Invalides, Paris.

L’arsenic, aussi bien qu’un embaumement, est célèbre pour conserver les corps. Encore une fois, souvenons-nous que Napoléon fut inhumé, non pas dans un, mais bien dans quatre cercueils hermétiquement fermés. Très probablement, un phénomène de saponification (transformation des chairs en adipocire) se trouva favorisé par l’absence d’air et dans ce genre de cas, la bonne conservation d’un corps est assez souvent constatée. En aurait-on alors profiter pour échanger le corps du souverain par un autre moins prestigieux et inhumer aux Invalides un cuisinier plutôt qu’un empereur ? Là encore, il n’y a aucune raison de le croire puisque l’exhumation se fit en présence de nombreux témoins qui avaient vu la dépouille 20 ans auparavant. Or aucun ne trouva à y redire et, passée la surprise de cette étonnante conservation,  ils reconnurent sans peine le célèbre Napoléon.

[thrive_leads id=’74579′]

La question de la mort de Napoléon Ier déchaîne aujourd’hui les passions et témoigne bien moins de l’intérêt que suscite l’empereur que de son incroyable talent de communiquant, lui qui bien avant sa mort, avait parfaitement conscience du caractère exceptionnel de sa destinée. « Quel roman que ma vie ! » constata-t-il en dictant ses souvenirs à Las Cases lors de son exil à Sainte-Hélène. Il n’eut pu être plus juste : quels meilleurs romans que ceux dont la fin entretient le mystère ?


Création de la Banque de France par Napoléon : pièce en or frappée sous le Premier Empire et présentant la tête laurée de Napoléon Ier.

Création de la Banque de France par Napoléon Bonaparte

En ce tout jeune XIXe siècle, l’économie moribonde post Révolution engagea le Premier Consul Napoléon Bonaparte à créer la Banque de France le 18 janvier 1800 afin de favoriser la reprise économique du pays. L’économe Napoléon entendait créer une valeur stable et forte au coeur d’une institution qui ne devait pas servir de caisse à l’État mais favoriser ses entreprises.

Un contexte politique et économique houleux

Le XVIIIe siècle ne fut pas bénéfique au papier monnaie. Échaudés par le scandale financier de John Law (1671 – 1729) en 1720, les Français eurent tout le loisir de confirmer leur aversion pour la monnaie imprimée lorsqu’on les berna une seconde fois en brandissant de juteux assignats révolutionnaires qui n’eurent pour autre effet qu’une inflation foudroyante et spectaculaire. Quelques-uns pourtant s’enrichirent. Parmi eux, le financier suisse Jean-Frédéric Perregaux (1744 – 1808). Précédant judicieusement la neutralité perpétuelle qui fera plus tard la fierté de sa Suisse natale, notre Helvète matois, qui frayait avant la Révolution avec les cercles aristocratiques mondains les plus courus, se garda d’afficher trop clairement ses opinions politiques lors du brutal changement de régime. Il préféra, comme beaucoup à cette époque, les adapter aux nécessités du moment.  Bien lui en prit puisque les membres de la noblesse – farouchement attachés à leur tête – ne tardèrent par à fuir à l’étranger en prenant soin d’emporter avec eux une part considérable de la monnaie métallique de feu le royaume de France. Une crise financière frappa ainsi de plein fouet le peuple qui – n’ayant, lui, rien à craindre pour sa tête – avait néanmoins tout à craindre pour ses finances. Dans une conjoncture économique extrêmement défavorable, les faillites furent nombreuses et le commerce intérieur paralysé. Le Directoire s’avéra incapable de remédier au problème de façon pérenne et il fallut attendre le coup d’État de Brumaire (9-10 novembre 1799) pour voir émerger l’espoir d’une stabilité gouvernementale indispensable à un rétablissement économique du pays. C’est alors que notre fringuant banquier suisse se rapprocha de Bonaparte, le contexte et Napoléon lui souriant de concert.

Perregaux et quelques amis banquiers (Le Couteulx, Mallet et Perier) obtinrent d’abord le droit d’imprimer des billets de banque pour leur propre établissement nommé Caisse des Comptes Courants. L’objectif était de collecter l’épargne alors thésaurisée par les particuliers et d’augmenter la quantité de monnaie en circulation. La Banque de France fut créée le 18 janvier 1800 par décret et absorba rapidement la Caisse des Comptes Courants. La toute jeune Banque de France s’installa dès lors dans l’Hôtel de Toulouse, rue de la Vrillière à Paris évidemment.

galerie-doree-hotel-de-toulouse-banque-de-france-histoire-napoléon
Galerie dorée de l'Hôtel de Toulouse, siège de la Banque de France au 1 rue de la Vrillière à Paris © Banque de France

Le premier Consul se voulait prudent et tint à garantir la stabilité et la fiabilité de cette nouvelle institution. Les premières émissions de billets furent donc garanties de trouver leur équivalent en quantité d’or de même valeur à toute personne qui le souhaitait. Il suffisait juste pour procéder à l’échange de se rendre rue de la Vrillière. Il en allait de la réputation de la banque et de son avenir, le premier Consul en avait parfaitement conscience. Les Français qui n’appréciaient rien de moins que de se faire pigeonner trois fois de suite se montrèrent d’abord extrêmement méfiants. Puis petit à petit, la confiance revint. Il faut le dire, l’implication personnelle, sonnante et trébuchante de Bonaparte n’y fut pas étrangère. Il plaça à la Banque une partie de ses fonds propres en gage de confiance et persuada – lourdement – sa famille et ses proches d’en faire autant. L’opération jointe aux capitaux apportés par de riches actionnaires permit de doter l’établissement d’un capital considérable et nécessaire pour asseoir son indispensable sérieux. Bientôt, la Banque de France fut l’unique banque autorisée à émettre des valeurs monétaires d’où son nom de « banque centrale ».

Cette dernière avait pour clients principaux les banques ordinaires dont l’activité consistait à prêter de l’argent aux particuliers et aux entreprises. Le principe s’appuyait donc sur la promesse de remboursement que l’emprunteur remettait à son banquier, promesse désignée sous le terme d’ « effet de commerce ». Parallèlement, les banques ordinaires avaient besoin d’argent pour accorder des prêts à de nouveaux clients. Elles devaient donc posséder suffisamment de réserves financières pour agir sans attendre que les clients emprunteurs ne remboursassent leurs dettes. Les banques ordinaires se tournaient donc vers la Banque de France et lui achetaient des billets en échange des effets de commerce dont elles disposaient. Naturellement, la quantité d’argent s’accrut dans le pays et permit de réveiller le commerce et l’industrie. À leur tour, ces derniers dégagèrent des profits qui ne manquèrent pas d’être imposés. Finalement, la valeur croissante des impôts prélevés par l’État permit au pays de s’enrichir et au premier Consul de financer son armée (et non pas ses campagnes).

Le franc germinal, une valeur économique fiable

Les premiers billets émis par la Banque de France furent d’une valeur telle qu’ils n’étaient pas à la portée de tous. Le billet de 500 francs représentait un peu plus d’une année de salaire d’un ouvrier et celui de 1000 équivalait, c’est bien logique, au double de travail. N’étant pas convertible en or ailleurs qu’à Paris, les billet restreignaient encore davantage le cercle des amateurs de liasses. Ces billets occupaient si bien les seules hautes affaires parisiennes qu’ils eurent dérouté n’importe quel commerçant s’il avait prit à un citoyen de tendre un de ces papiers monnaies pour régler un poulet (pas loin de devenir Marengo).

Billet de 1000 francs germinal édité en 1803
Billet de 1000 francs germinal édité en 1803.

Par ailleurs, le souvenir de John Law et des assignats révolutionnaires restait tenace et les campagnes françaises préférèrent encore, pour leur commerce, les valeurs métalliques. La Révolution, par une loi du 15 août 1795 avait déjà décidé de remplacer la livre tournois par le « franc d’argent » mais sa seule volonté n’y suffit pas. En effet, la fougueuse et première République avait ça de commun avec Joséphine de Beauharnais (1763 – 1814) à la même époque qu’aucune ne disposait de suffisamment d’argent – métallique pour l’une, liquide pour l’autre – pour satisfaire ses besoins. Il fallut donc attendre le 7 germinal an XI (le 28 mars 1803) pour voir ressurgir ce franc qui emprunta à sa date de création le nom sous lequel il exercera jusqu’en 1928 à savoir, le franc « germinal ».

[thrive_leads id=’74579′]

Fabrication et sécurité des valeurs monétaires

Les deux premiers billets mis en circulation par la Banque de France représentaient des sommes considérables. Dès lors, tout devait être mis en œuvre pour empêcher du mieux possible l’apparition de faux. Le papier d’abord fut produit à la papeterie de Buges dans le Loiret mais on lui préféra rapidement celui de la papeterie du Marais à Jouy-sur-Morin. L’ajout d’un filigrane entre les deux feuilles de papier constituant chaque billet fut une des premières dispositions de sécurité. Puis vint la qualité du dessin pour lequel on fit appel à Charles Percier (1764 – 1838). Cet architecte néoclassique qui s’était distingué dans ses réalisations pour les financiers évoluant aux côtés du Premier Consul ne tarda pas à être chaudement recommandé à ce dernier qui loua longtemps ses talents. La gravure de la matrice fut confiée à Jean-Bertrand Andrieu (1761 – 1822) qui prit pour support une plaque d’acier afin de garantir un encrage toujours égal. Enfin, la gravure typographie revint à Firmin Didot (1764 – 1836) dont le nom est encore aujourd’hui bien connu des amateurs d’estampes et d’éditions anciennes. On ajouta au billet un talon, un timbre sec (gaufrage du papier obtenu à l’aide d’une presse) puis un timbre humide (une technique permettant d’imprimer simultanément au recto et au verso).

Quant à la symbolique des motifs choisis, on retrouve la forte influence de l’Empire romain (teintée du goût néoclassique né des fouilles d’Herculanum de Pompéi au XVIIIe siècle). Compas et équerre évoquent les outils des bâtisseurs usant de géométrie et d’architecture, tandis que le coq emblème de la France côtoie la balance de la Justice. Les divinités représentées sont celles des grands domaines considérés comme constitutifs d’un État fort au XIXe siècle : Vulcain pour l’industrie, Apollon pour les arts, Cérès pour l’agriculture et Poséidon pour l’empire colonial.

Création de la Banque de France par Napoléon : Franc germinal en argent portant le portrait de Napoléon Bonaparte Premier Consul dessiné et gravé par Tiolier. © Monnaie de Paris, Collections historiques
Création de la Banque de France par Napoléon : Franc germinal en argent portant le portrait de Napoléon Bonaparte Premier Consul dessiné et gravé par Tiolier. © Monnaie de Paris, Collections historiques

Les pièces de monnaie métalliques font l’objet des mêmes préoccupations, tant sécuritaires que symboliques. Les motifs républicains furent remplacés à l’avers des pièces par la tête nue de profil de Bonaparte – dont le graveur général Pierre-Joseph Tiolier (1763 – 1819) fit le portrait – accompagnée d’une légende « Bonaparte Premier Consul ». L’envers figurait une couronne d’olivier, la valeur faciale de la pièce et la légende « République française ». Bien sûr, il suffira d’une proclamation impériale pour que les motifs des pièces comme des billets soient modifiés encore une fois.

Création de la Banque de France par Napoléon : pièce en or frappée sous le Premier Empire et présentant la tête laurée de Napoléon Ier.
Création de la Banque de France par Napoléon : pièce en or frappée sous le Premier Empire et présentant la tête laurée de Napoléon Ier.

La création de la Banque de France eut un impact décisif sur l’économie du pays et son expansion impériale (bien qu’elle ne les finança pas, l’Empereur s’en défendit toujours). Le papier-monnaie se perfectionna, gagnant en sécurité et décourageant les faussaires. Pourtant, en 1959, la Banque de France émit un billet de 100 francs figurant Napoléon. Ce billet rendit célèbre le faussaire Czesław Jan Bojarski (1912 – 2003) qui se fit une spécialité de la falsification de ces « billets Bonaparte ». Sa maîtrise dans ce domaine est encore à ce jour incontestée et inégalée. Ces faux sont aujourd’hui de rares et onéreux objets de collection. Une ironie de l’histoire qui n’eut certainement pas échappée à l’Empereur s’il eut été vivant pour l’apprécier.


l'Authentique Eau de Cologne de Napoléon Ier à Sainte-Hélène

Le renouveau de l’Eau de Cologne

Le siècle précédent ne fut pas tendre avec l’eau de Cologne. Raillée par une parfumerie qui ne jurait que par des jus tapageurs, entêtants et sans relief, la discrète eau de Cologne fit preuve de patience jusqu’à retrouver ses lettres de noblesse aujourd’hui. Fragrance d’esthète, elle préfère accompagner la toilette plutôt que s’opposer au parfum.

Une eau moderne

La modernité de l’eau de Cologne réside paradoxalement dans son ancienneté. Depuis près de deux siècles, les salles de bains les plus chics lui attribuèrent une place de choix. La grande distribution, sans parvenir à s’en emparer, abîma aux yeux du grand public l’image élégante de cette eau fraîche. Conçue à partir d’ingrédients naturels, l’eau de Cologne rejoint nos souhaits modernes de revenir à plus de simplicité. Sus aux formules dont les « principes actifs » sont plus incompréhensibles qu’une équation de physique quantique ! Quelques agrumes, des plantes, un soupçon d’épices font la recette simple et pourtant raffinée d’une eau destinée bien plus au bien-être qu’à l’apparence. L’eau de Cologne se revendique d’un plaisir égoïste : elle accompagne la toilette, ce moment qui nous prépare à sortir de notre intimité, à s’aventurer au grand air. Sa fraîcheur solaire éveille les sens et le contact avec l’eau que l’on verse généreusement sur la peau n’est pas loin d’évoquer les jeux régressifs des batailles d’eau.

L’Authentique Eau de Cologne de l’Empereur
L’Authentique Eau de Cologne de l’Empereur Napoléon 1er à Sainte-Hélène

Alors que la parfumerie aime à différencier la femme de l’homme, l’eau de Cologne se moque bien des genres. Établissant la parité avant l’heure, elle nous séduit par ce flegme qui préfère la détente et l’hédonisme à la séduction genrée et calculatrice. Elle plait par sa simplicité qui ne manque pas de caractère, par sa pudeur pourtant espiègle. C’est d’ailleurs cette ingénuité qui permet d’offrir un bouquet de senteurs plein de relief. L’industrie du luxe ne s’y est pas trompée.

[thrive_leads id=’74579′]

Une eau raffinée

Il n’est plus une maison qui puisse faire l’impasse sur la création de sa propre eau de Cologne. Comme un curieux devient esthète au fur et à mesure qu’il découvre les subtilités d’un art, beaucoup découvrent l’élégance de la Cologne après s’être confrontés à l’impasse existant entre un parfum qui, d’un côté, nécessite d’être apprêté pour être porté et, de l’autre, l’odeur molle et sans charme du savon. N’est pas Marilyn Monroe qui veut et le seul Chanel n°5 ne convient pas à toutes les occasions. En revanche, c’est bien là la première qualité de l’eau de Cologne : sa légèreté et sa simplicité en font la fragrance idéale dans un quotidien où le parfum serait trop prétentieux. Lors de moments de détente, au sortir d’une activité sportive ou simplement par plaisir du contact avec elle, cette eau laisse sur la peau une odeur de propre qui résonne avec légèreté.

Les notes les plus fraîches exhalent lorsque l’on s’en asperge et sa pudeur laisse ce sillage en retrait une fois la toilette terminée. La Cologne n’entend pas parfumer, elle rayonne un instant avec élégance mais connaît la valeur de la discrétion. Napoléon qui s’en aspergeait copieusement ne lui reniait pas cette qualité, lui qui avait en horreur les parfums capiteux. L’eau de Cologne l’éveillait sans le distraire d’effluves entêtants. Fraîche sans être banale, la Cologne incarne un idéal de modernité où la sophistication ne le dispute pas à l’ingénuité.


L'Eau de Cologne Napoléon, un cadeau impérial pour la fête des pères

Écho unique de l’histoire, l’eau de Cologne de Napoléon à Sainte-Hélène fascine et séduit par la modernité de sa fragrance. À l’occasion de la fête des pères, offrez le seul souvenir olfactif que l’on puisse avoir conservé de l’Empereur.

Une recette authentique

L’histoire offre rarement un souvenir aussi précieux que celui-ci : cette eau unique accompagna Napoléon jusqu’à ses derniers jours et révèle une dimension intime et confidentielle méconnue de ce personnage historique. Très attentif à son hygiène personnelle, Napoléon n’eut cependant jamais goût pour le parfum entêtant auquel il préféra toujours l’eau de Cologne dont il fit un usage qu’on qualifiera de pantagruélique. L’Empereur – que l’on connaît modéré en bien des domaines – ne regardait pas à la dépense dans le cas de ces rouleaux dont il ne se lassa jamais. Déchu et éloigné du monde, sur cette minuscule île de Sainte-Hélène, les réserves de sa précieuse cologne s’amenuisèrent rapidement. Le Mamelouk Ali, fidèle de l’Empereur l’ayant suivi en exil, recréa avec force de patience l’eau de Cologne si chère à Napoléon. La recette unique puise dans les ressources de l’île au climat étonnement méditerranéen, rappelant les arômes de la Corse. Jusqu’à ses derniers jours, Bonaparte ne fit confiance qu’à cette eau qui était pour lui le meilleur des remèdes.

Packaging de l’Authentique Eau de Cologne de l’Empereur Napoléon 1er à Sainte-Hélèneeau-de-cologne-empereur-napoleon
Se référant précisément à la formule originale rédigée par le Mamelouk Ali, l’Osmothèque a réussi à recréer, grâce à M. Jean KERLEO, l’Authentique Eau de Cologne de l’Empereur Napoléon 1er à Sainte-Hélène.

Le parfum de la Corse

Pourquoi Napoléon s’enticha-t-il de cette eau au point qu’elle lui devienne indispensable ? Il suffit de s’en asperger pour le comprendre. La fraîcheur piquante des notes hespéridés du cédrat, de la bergamote et de l’orange, la douceur du parfum de la bruyère chauffée par le soleil : tout dans ce flacon évoque le maquis corse. Bonaparte, éternel nostalgique de son enfance insulaire entre France et Italie, retrouvait sans doute dans l’eau de Cologne le parfum de son enfance. La lointaine Sainte-Hélène eut au moins la grâce d’offrir à l’Empereur déchu les ingrédients nécessaires pour recréer cet indispensable de sa vie quotidienne, ce souvenir olfactif exceptionnel qui nous est parvenu.

[thrive_leads id=’74579′]

Discrète élégance

Obtenue grâce à la recette retrouvée du Mamelouk Ali, cette eau de Cologne fabriquée en France est produite à partir de d’huiles essentielles naturelles. Alors que le parfum signe une allure, l’eau de Cologne anoblit le quotidien. D’un geste simple, elle éveille les sens au sortir de la douche et laisse quelques instants un sillage raffiné et discret. Sa simplicité racée a su séduire les parfumeurs de luxe et l’eau de Cologne ne se cantonne plus à la salle de bain. Après une séance de sport ou un après-midi à la plage, cette fragrance incarne un idéal de modernité où la simplicité s’accorde avec légèreté à la sophistication.


Assiette en porcelaine de Sèvres du service dit des

Les étrennes à Sainte-Hélène

La première moitié du XIXe siècle ignore encore tout des festivités de Noël sans pour autant être épargnée – du moins dans les classes sociales les plus aisées – par la distribution de cadeaux à l’occasion de la nouvelle année. Cette tradition des étrennes suit aussi Napoléon sous les latitudes de Sainte Hélène. Offrir des étrennes signifiait maintenir son rang, un respect de l’étiquette plutôt qu’une nécessité pour l’Empereur qui ne s’avouait pas déchu.


La tradition des étrennes à Sainte-Hélène.

Fraîchement débarqué à Sainte-Hélène le 17 octobre 1815, Napoléon n’arrive pas seul. Son petit entourage a connu les grandeurs de l’Empire ; il est certainement inenvisageable pour Bonaparte de les rendre témoins d’une déchéance quelconque de sa personne. Dès sa prise de possession de la résidence de Longwood, l’Empereur rétabli l’étiquette stricte qui régissait la vie aux palais des Tuileries. Or cette étiquette que l’on pense d’abord contraignante pour son entourage l’était tout autant pour lui. En la faisant appliquer à la règle, Napoléon était parfaitement conscient des devoirs qu’elle lui imposerait pendant son exil. Le 10 décembre 1815, jour de l’emménagement à Longwood, l’imminence des étrennes ne se fait que trop sentir. Mais la perfide Albion semblait bien décider à sournoisement déranger cette tradition en choisissant pour terre d’exil cette Sainte-Hélène aride sur laquelle aucun orfèvre ou joaillier, artiste ou tapissier n’avait jamais eu l’heureuse idée de s’établir. C’est donc dans ses biens personnels et les précieux reliquats de son fastueux passé que Napoléon puisera pour honorer sa petite cour.

[thrive_leads id=’74579′]

Les cadeaux offerts par Napoléon à Sainte-Hélène.

On ne connaît malheureusement pas précisément les meubles et objets emportés précipitamment par Napoléon et ses compagnons d’exil lors du départ pour Sainte-Hélène. Et pour cause, la plupart furent purement et simplement volés par les fidèles de l’Empereur dans l’unique but de lui plaire. Les journaux et archives de ceux qui eurent l’insigne honneur d’être admis en présence de Napoléon pendant son exil rapportent quelques-uns des cadeaux qu’il fit à l’occasion des étrennes. Emmanuel de Las Cases (1766 – 1842) note dans son journal à la date du 30 décembre 1815 qu’il s’est vu offrir par l’Empereur « un petit cadeau, bien léger à la vérité », d’après Napoléon lui-même, consistant en un traitement mensuel prélevé sur une somme dérobée à la vigilance anglaise.  En janvier 1816 Bonaparte offrit à Jane et Betsy Balcombe, les filles de William Balcombe (1777 – 1829), agent de la Compagnie des Indes chez qui il résida à son arrivée, deux tasses du cabaret égyptien, des pièces issues du service en porcelaine de Sèvres auquel l’Empereur tenait tant qu’il refusait qu’on s’en servit au quotidien de peur de le casser.

Assiette en porcelaine de Sèvres du service dit des
Rare assiette du service en porcelaine de Sèvres dit des « Quartiers Généraux » emportée durant l’exil à Sainte-Hélène. Elle fut très certainement offerte à un compagnon d’exil par l’Empereur lui-même. © Le Parisien

Le service dit des « quartiers généraux »  – qui ne connut aucun met sainte-hélénois pour les mêmes raisons que celles qui proscrivaient l’utilisation du cabaret égyptien –  fut également amputé de certaines pièces l’année suivante lorsque pour leurs étrennes, Napoléon offrit à Madame de Montholon et Madame Bertrand une assiette chacune du précieux service. Ce même mois de janvier 1817, le baron Gourgaud (1783 – 1852) rapporte que l’Empereur offrit des objets plus personnels : à Madame Bertrand une boite à bonbons jadis offerte par Pauline Bonaparte et à Gourgaud une lorgnette que l’Empereur tenait de la reine de Naples, sa plus jeune sœur. À Bertrand il offrit un jeu d’échecs puis disputa avec lui une partie après la distribution des cadeaux. En janvier 1818, les étrennes se réduisent à des bonbons contredisant les prédictions très aventureuses de Madame Bertrand qui s’attendait à des « cadeaux somptueux » dont on peine à comprendre d’où lui venait cette idée au vu de la situation géographique de l’île. Ces témoignages de moments joyeux illuminent l’idée souvent terne que chacun se fait de l’exil de Bonaparte. Les usages chers à l’Empereur demeurent malgré les restrictions. L’exil se colore ainsi de ces moments charmants et bourgeois propres à rendre le quotidien plus supportable, découvrant le visage intime d’un Bonaparte aussi impérial qu’attentionné.


Napoléon en habit de sacre

Les emblèmes de Napoléon Bonaparte : simplicité et érudition

Napoléon Ier forge ses propres emblèmes loin de ceux trop connotés de l’Ancien Régime. Le jeune Empereur entend offrir de nouvelles perspectives à l’histoire de France dont les valeurs sont désormais portées par des symboles lisibles et historiques forts.


L’influence antique.

Déjà le consul Bonaparte (1799 – 1804) affichait, dans le choix de son mobilier et de ses objets d’art, une assurance qui étayait une pensée plus vaste en matière de volonté politique. Une fois Empereur, ses architectes et décorateurs Percier (1764 – 1838) et Fontaine (1762 – 1853) se chargèrent d’imposer un style officiel s’abreuvant aux goûts de l’Antiquité romaine. Meubles massifs d’acajou et de marbre évoquaient les temples antiques, la sobriété luxueuse des bronzes dorés empruntaient aux décors de la Rome républicaine tandis que les couleurs jaune d’or, vert, cramoisi, violet et pourpre puisaient aux fresques récemment découvertes d’Herculanum et de Pompéi. C’est à l’aube de son couronnement que se posa l’épineux problème des futurs emblèmes impériaux. Chacun y alla de son animal ; les moins chauvins proposèrent le lion ou l’éléphant tandis que les plus patriotes portèrent leur dévolu sur le coq. D’autres encore, plus bucoliques sans doute, suggéraient le chêne. Alors que le gallinacé sembla un temps l’emporter, il fut évincé par le lion, lui-même rayé par la main de Napoléon qui lui préféra l’aigle. L’aigle (que l’héraldique décrète féminine lorsqu’elle désigne le rapace des blasons) était aussi l’emblème de la Rome impériale et associait ainsi élégamment la haute antiquité et l’héraldique traditionnelle à travers l’évocation de l’aigle carolingienne.

[thrive_leads id=’74579′]

Des symboles clairs et érudits.

Si l’aigle est emblématique du règne de l’Empereur, certains symboles évoquent plus directement Bonaparte. En premier lieu citons la couronne de laurier superbement mise en scène lors du sacre de l’Empereur où la tête de ce dernier, laurée de feuilles d’or  – œuvre du grand orfèvre Biennais (1764 – 1843) – donnait à ce moment historique un caractère grandiose hérité du panache antique.

Napoléon en habit de sacre
Napoléon Ier sur le trône impérial en costume de sacre peint par Jean-Auguste Dominique INGRES (1780 - 1867) en 1806. Aujourd’hui conservé au Musée de l’Armée. © Cairn

Car ce mythologique attribut d’Apollon célébrait, à Rome, aussi bien les poètes que les chefs de guerre victorieux : le feuillage toujours vert symbolisait l’immortalité acquise par la victoire. Récompense honorifique et prestigieuse attribuée aux grands personnages militaires et, par conséquent, à l’Empereur, la couronne de laurier n’a jamais perdu de sa superbe et parvint au XIXe siècle avec la même fraîcheur, enrichie seulement de la gloire idéalisée de l’Empire romain.

Les abeilles eurent quant à elles le privilège d’être reconnues pour leur organisation, leur travail acharné et leur capacité à se sacrifier pour l’intérêt commun de leur ruche. Rien de moins qu’un symbole patriotique idéal, d’autant qu’elles tenaient de l’Église une connotation divine (elles portent la parole divine et la sagesse à Saint Ambroise et Jean Chrysostome). Par ailleurs, on cru (et ce jusqu’à récemment) que les insectes d’or retrouvés en 1653 dans la tombe de Childéric Ier– le trop peu célèbre fondateur de la dynastie mérovingienne et père de Clovis – étaient des abeilles. Or il s’avère que ces dernières étaient en réalité des cigales. Qu’importe, les abeilles de Childéric furent considérées comme le premier emblème des souverains de France. Il n’en fallait pas plus pour asseoir notre Empereur dans la continuité naturelle du pouvoir régnant sans vexer le pouvoir religieux. Ainsi lié à une Antiquité idéalisée et à une histoire sinon entomologique du moins française, Napoléon Bonaparte n’avait qu’à graver son nom dans l’histoire. Ce qu’il fit littéralement. Son chiffre (la lettre N) fut en effet sculpté sur les façades du Louvre. Néanmoins, les revanchards Bourbons, une fois revenus sur le trône, s’empressèrent de marteler et de limer la lettre impériale. Ainsi, la plupart des « N » qui ornent aujourd’hui le Louvre sont ceux de Napoléon III et non ceux de son empereur d’oncle.  Enfin, dernier symbole et non des moindres, le « N » couronné que l’on retrouve sur les pièces de monnaie de l’époque. Cette couronne aujourd’hui conservée au Louvre fut seulement utilisée le jour du sacre. Appelée Couronne de Charlemagne elle présente une allure médiévale opportune avec ses huit demi-arches d’or ornées de camées ; un globe surmonté d’une croix achève l’œuvre dessinée par Percier. Placée au-dessus de la tête de l’Empereur ceinte de lauriers, la couronne lia durant la cérémonie gloire antique, histoire et patriotisme.

Cet ensemble de symboles opéra un discours simple, clair et d’autant plus puissant que la juxtaposition de ses éléments évoque instantanément, et encore aujourd’hui, l’Empereur Napoléon Ier.


La maison de Longwood, résidence à Sainte-Hélène de l'Empereur Napoléon Ier

La maison de Longwood, résidence à Sainte-Hélène de l'Empereur Napoléon 1er

Lorsque Napoléon Bonaparte parvint le 17 octobre 1815 sur son lieu d’exil, sa résidence de Sainte-Hélène n’était pas encore prête. Il emménagea à Longwood deux mois plus tard le 10 décembre 1815 et y demeura jusqu’à sa mort le 5 mai 1821. Entre mobilier piteux et souvenirs fastes du passé, l’intérieur de ce Longwood délabré fut à la fois prison irrespectueuse et berceau de la naissance d’un mythe.

Entre respect et amertume : la répugnance britannique à tenir ses engagements envers le célèbre prisonnier.

Longwood House est dès l’arrivée de Napoléon une méchante maison mal bâtie où l’eau s’infiltre partout. Durant les 68 mois où Bonaparte y est confiné, nombre de meubles pourrissant sur place furent brûlés, réparés ou refaits. Loin des vastes et confortables palais de Saint-Cloud ou des Tuileries, cette maison de 150 mfut, de l’avis de tous, impropre à un général et encore moins à un Empereur aussi déchu soit-il. Longwood se répartissait en une antichambre qui devint dès 1816 une salle de billard (Napoléon l’employait néanmoins comme « salon topographique »), un salon, une salle à manger, un cabinet de travail, une chambre à coucher, une bibliothèque et une salle de bain avec baignoire de cuivre. Les Anglais, tenus d’assurer les dépenses liées à la détention de Bonaparte, ne brillèrent pas ici par leur fair play. En plus de la décrépitude crasse de Longwood, l’observateur attentif notera chez Sir George Cockburn (1772 – 1853) – chargé de trouver tout le mobilier nécessaire – un certain ressentiment envers notre Corse puisqu’il acquit à bas prix auprès des locaux un mobilier disparate qu’eux-mêmes tenaient de leurs marchandages avec les navires britanniques, hollandais, portugais et américains de passage sur l’île pour ravitaillement. Quelques meubles de meilleure qualité prêtés par l’East India Compagny vinrent enrichir l’intérieur de la demeure ainsi que certains de ceux réalisés spécialement par George Bullock (1778 – 1818), ébéniste londonien, initialement destinés à meubler Longwood New House, résidence en construction dans laquelle n’emménagera jamais l’Empereur.

La maison de Longwood, résidence à Sainte-Hélène de l'Empereur Napoléon Ier
Maison de Longwood : vue prise depuis le Jardin Fleuriste. Estampe de De Vinck conservée à la bibliothèque nationale de France - © Gallica

Ce délabrement honteux aux yeux des Français comme à ceux de plusieurs visiteurs anglais trouva néanmoins un adversaire de taille dans l’Étiquette impériale stricte appliquée dans tout le domaine, dans le faste des meubles et objets rapportés de France et dans la dignité même de l’impérial prisonnier.

[thrive_leads id=’74579′]

Le luxe des souvenirs du règne, un terrain fertile à la naissance du mythe napoléonien.

Sir Hudson Lowe (1769 – 1844), gouverneur de l’île à partir de 1816, fut le premier offusqué de ce que le rang du général n’ait pas été respecté dans l’ameublement même de Longwood. En guise de réparation, il offrit à Bonaparte un large billard et deux importants globes, l’un terrestre, l’autre céleste. Puis, sur les meubles de bois ordinaires, sur les consoles sobres en acajou, les reliques du règne napoléonien participèrent à camoufler le manquement britannique. Buste en marbre diaphane du roi de Rome, pendule étincelante en bronze doré et émail, sculpture majestueuse d’aigle en argent, épée luxueuse en or et acier damasquinée et œuvre unique de Biennais (1764 – 1843) prêtent leur magnificence à l’embellissement d’un quotidien rythmé par la rédaction des mémoires de Napoléon.

Dans les usages, le service particulier de l’Empereur réalisé dans la plus fine porcelaine de la manufacture impériale de Sèvres, le verrerie élégante de cristal ou encore des pièces du service à café dit « Cabaret égyptien », également de la manufacture de Sèvres et que Napoléon appréciait tant, permettaient d’asseoir la dignité d’un homme qui entendit rester souverain jusqu’à son dernier souffle. Témoins de sa gloire passée et de son mythe à naître, son lit de campagne, « ce vieil ami qu’il préférait à tout autre » des dires de Louis-Joseph Marchand (1791 – 1876), lit dans lequel il rendit l’âme, est toujours exposé à Longwood tandis que son athénienne adorée est aujourd’hui présentée au Louvre.


L’arrivée de Napoléon à Sainte-Hélène

À la suite des Cent-Jours (de mars à juillet 1815) - la courte période où Napoléon reconquit le pouvoir après sa seconde abdication - la défaite décisive de Waterloo (22 juin 1815) se paya au prix fort pour les vainqueurs. Les pertes humaines suffirent à prouver que Napoléon représentait une menace pour la paix européenne future à moins qu’on ne l’envoya en une terre recluse, éloignée de tout. Car l’Empereur, même vaincu, semblait avoir la même détermination que le phénix à renaître de ses cendres.


L’exil exigé par les puissances européennes.

Alors que la défaite de Waterloo signe la fin imminente des Cent-Jours, Napoléon se rend volontairement aux Anglais à qui échoit la responsabilité de choisir son lieu d’exil. Alors que l’Empereur déchu espère pouvoir se rendre aux Etats-Unis, la Grande-Bretagne est chargée de le tenir sous bonne garde avant que ne soit déterminé le lieu où il sera envoyé. Car les alliés et signataires du Traité de Paris (qui acte la première abdication de Bonaparte le 10 février 1763) sont unis dans leur intransigeance à envoyer Napoléon là où il sera dans l’incapacité totale et certaine de revenir en Europe pour semer – selon leur crainte – le désordre et le chaos. Parallèlement, les alliés que forment les souverains européens goûtent peu ce fervent soutien reçu par Napoléon durant cette dernière période mouvementée.

Napoleon à bord du HMS Bellerophon
Napoléon à bord du Bellerophon. Peinture de Sir William Quiller Orchardson (1832-1910), exposée en 1880 - © Wikipedia

Son parfum hérité de la Révolution n’a pas, en effet, le loisir de leur plaire ce qu’attestent partout en Europe les soutiens de Bonaparte. Ces derniers voient en ce général Corse parti de si peu un des plus importants personnages de son temps, un précurseur pour une « administration et une justice modernes, pour la méritocratie et le principe révolutionnaire d’égalité devant la loi. » (Alan Forrest, in Napoléon à Sainte-Hélène, La Conquête de la Mémoire, Gallimard / Musée de l’Armée). Dans ce contexte, le choix de Sainte-Hélène n’apparaît pas autant comme une évidence que comme un soulagement. Derrière un altruisme de façade qui justifiait ce choix par un climat sain et un éloignement qui permettrait de traiter avec une indulgence toute particulière l’Empereur déchu, se cache une véritable volonté d’isoler le général sur une terre entourée de bien plus de flots que sa Corse d’origine.

[thrive_leads id=’74579′]

Le débarquement de l’Empereur à Sainte-Hélène.

Le 15 juillet 1815 aux aurores, Napoléon embarque sur le Bellérophon battant pavillon anglais à destination de Plymouth au sud de l’Angleterre, port duquel il partira à bord du Northumberland le 7 août à destination de Sainte-Hélène. Son voyage dure plusieurs mois et il débarque finalement sur l’île le 17 octobre. Le domaine de Longwood qui lui a été attribué n’est pas encore prêt et il doit, en attendant la fin de l’aménagement, demeurer dans la propriété de William Balcombe (1777 – 1829), agent de la Compagnie des Indes avec qui il se lie rapidement d’amitié. Le 10 décembre 1815, l’Empereur déchu peut enfin emménager dans sa dernière résidence de Longwood, une maison sans confort que le petit cercle de ses fidèles s’évertuera d’adoucir jusqu’au dernier souffle du général.

Dans ce souci de lui être agréable, le service domestique est rapidement mis en place. Le service intérieur et extérieur est assuré par Louis-Joseph Marchand (1791 – 1876), premier valet de chambre dévoué et fidèle de Napoléon depuis l’âge de 20 ans. Il est assisté dans sa tâche par le Mamelouk Ali (1788 – 1856) avec qui il se lie d’une forte amitié. Le maître d’hôtel Cipriani et le chef Michel Lepage assurent le service de bouche tandis que quatre valets de pied entretiennent les feux, allument les bougies, dressent les tables et répondent aux demandes de l’Empereur et de ses officiers.
Bien que son entourage se dévoue corps et âme pour son bien-être (jusqu’à recréer son eau de Cologne !), Napoléon ne peut faire fi du contrôle de son courrier, de ses promenades strictement encadrées ou de la surveillance des dépenses de sa maison. Bonaparte mourra sur cette île isolée en mai 1821 en même temps que naîtra sa légende sur le continent qui l’avait exilé.


L'athénienne de Napoléon

L’athénienne de Napoléon, un si doux larcin

Alors que la France quitte l’Ancien Régime pour se tourner vers un XIXe siècle plein de promesses, les habitudes vis-à-vis de l’hygiène changent doucement. L’eau prend une nouvelle place au centre des pratiques quotidiennes. Vases, bassins et athéniennes la subliment faisant d’elle un symbole de fraîcheur, de pureté et de simplicité essentiel aux personnes les plus raffinées.


Un usage simple dans le plus élégant des écrins

On connaît le soin méticuleux que Napoléon portait à son hygiène personnelle. À la vie comme à la guerre il favorisait l’efficacité sans perdre de vue l’importance de l’étiquette : si sa capacité à vivre en soldat le rendait populaire à ses troupes, son attachement aux objets du pouvoir faisait de lui un homme politique averti. Cette athénienne, bassin d’ablutions de luxe et objet pratique, remplissait admirablement ces deux exigences d’efficience et de représentation. Il la trouva tellement à son goût que, depuis les Tuileries à l’époque du Consulat jusqu’à Sainte-Hélène, l’impériale athénienne suivra l’Empereur des sommets à sa chute. Sur des dessins de Charles Percier (1764 – 1838), le tabletier Martin-Guillaume Biennais (1764 – 1843) mis tout son talent au service de ce mobilier de luxe fait de bronze, d’argent et d’if. D’élégants cygnes en bronze doré déploient des ailes majestueuses pour supporter un bassin en argent ciselé de motifs de roseaux.

L'athénienne de Napoléon
Haut de 90 cm, ce meuble typique de son époque exalte le goût néoclassique dont les références à l’antiquité romaine séduisent par la simplicité des formes et le raffinement de ses matériaux - © Musée du Louvre, dist. RMN-GP / Thierry Ollivier

L’aiguière en argent servant à verser l’eau pour la toilette de Napoléon repose sur la tablette ornée en ses angles de dauphins. Tandis que de fines abeilles – emblèmes de l’Empereur – en bronze doré ornent l’athénienne, les dauphins, roseaux et cygnes évoquent le monde aquatique, la fraîcheur des lacs et des rivières métaphore poétique de l’usage dévolu à ce meuble.

[thrive_leads id=’74579′]

Un si doux larcin

Dans ses Mémoires, Louis-Joseph-Narcisse Marchand (1791-1873), premier valet de chambre de Napoléon narre comment, à l’issu des Cent-Jours (juin 1815), il déroba l’athénienne au Palais de l’Élysée – meuble qui aurait été immanquablement confisqué – avant que l’Empereur déchu ne soit exilé à Sainte-Hélène. Marchand témoigne : « L’Empereur avait loué ce meuble dans son usage, je savais de quelle privation il serait pour lui, il aimait après sa barbe, se mettre la figure dans beaucoup d’eau […] dans la pensée de lui être agréable, je le fis porter à ma voiture et je le couvris de mon manteau pour ne point éveiller l’attention des passants de Paris et sur la route. ».

Nul doute que Napoléon loua le larcin prévenant et délicat de son fidèle valet ! L’âpreté de la vie insulaire fut certainement adoucie par l’usage que fit Bonaparte de ce magnifique bassin tripode, usage qu’il accompagnait systématiquement, nous le savons, de l’Eau de Cologne qu’il affectionnait tant et dont il faisait un usage pour le moins gargantuesque.

L’athénienne aujourd’hui conservée au Musée du Louvre fut un des rares biens pour lequel Napoléon était pris d’affection. Il en témoigne dans son testament où « l’inventaire de [ses] effets que Marchand gardera pour remettre à [son] fils » précise qu’il lègue au Roi de Rome (1811 – 1832) « [son] lavabo, son pot à eau et son pied ».


La vie du Mamelouk Ali (1788 – 1856)

Personnage clef de l’histoire de Napoléon à Sainte-Hélène, c’est à lui que l’on doit la création de l’Eau de Cologne de l’Empereur exilé. Fidèle serviteur, homme à tout faire discret et apôtre de la légende napoléonienne, le Mamelouk Ali n’a d’oriental que le titre : de son vrai nom Louis-Étienne Saint-Denis, le jeune homme fut d’abord destiné au notariat.


Une jeunesse paisible et favorisée.

Son père, ancien piqueur (homme chargé de dresser les chevaux et de le exercer) des écuries de Versailles sous Louis XVI devint sous l’Ancien Régime professeur d’équitation, ce qui lui valu une certaine notoriété. Sa mère étant fille d’un officier des cuisines royales au château, le petit Louis-Étienne reçu une éducation (ce qui est déjà en soit un privilège) et qui plus est soignée (ce qui touche en cela à l’exceptionnel pour l’époque).

Costume des Mamelouks de la Garde Impériale
Costume des Mamelouks de la Garde Impériale provenant de la collection Raoul et Jean Brunon - © aucasekersco.blogspot.com

Bien éduqué, le jeune homme est envoyé comme clerc de notaire dans une étude de la place Vendôme, activité dont l’aspect le plus aventureux était probablement d’y survivre. Il y demeura quatre années avant que son père, par l’entremise d’Armand Augustin Louis Caulaincourt (1773 – 1827), diplomate et Grand Écuyer de Napoléon Ier, n’accorde à Louis-Étienne une place dans le service impérial. En 1812 voilà le jeune Saint-Denis promu au titre de porte-arquebuse. Mais c’est deux ans plus tard, en 1814, que sa vie bascule et lui offre une place au plus près de l’Empereur.

Louis-Étienne Saint-Denis devient le Mamelouk Ali.

Les Mamelouks sont, comme chacun le sait, les membres d’une milice formée d’esclaves affranchis au service de souverains. Lors de la campagne d’Égypte (1798 – 1801), Napoléon infligea une lourde défaite aux Mamelouks d’Égypte dont une partie rallia ses rangs. L’été 1799, après ses nombreuses victoires, Napoléon se voit offrir un magnifique cheval ainsi que son palefrenier, un jeune Mamelouk du nom de Raza Roustam (1783 – 1845). Ce dernier apporte une touche d’exotisme qu’apprécie Bonaparte et devient rapidement le protégé du général, son garde du corps et son fidèle serviteur. Fidélité qui prendra fin lors de la tentative de suicide de l’Empereur en avril 1814, au lendemain de la signature du traité de Fontainebleau (11 avril 1814) qui acte l’abdication de Napoléon et son exil sur l’île d’Elbe.

Inquiet qu’on puisse l’accuser d’assassinat si l’événement venait à se reproduire, le Mamelouk Roustam abandonne son bienfaiteur. C’est alors Louis-Étienne Saint-Denis qui prend sa place de 1er Mamelouk sous le nom d’Ali, surnom qu’il conservera jusqu’à la fin de sa vie, ce qui ne fut pas le cas de son costume oriental qu’il cessa de porter du moment où il mis les pieds à Sainte-Hélène. De ce jour, il ne quitta plus l’Empereur envers lequel il se montrait dévoué et infatigable. Lors de l’exil, il se lia d’une amitié sincère avec Louis-Joseph Marchand (1791 – 1876) avec qui il s’employa à adoucir autant que faire se peut la captivité de l’Empereur déchu. Le Mamelouk Ali devint le copiste et bibliothécaire de Longwood – le domaine de Napoléon sur l’île – dont il dressa le catalogue complet. C’est à sa connaissance des ouvrages de la bibliothèque, à sa débrouillardise, à son intelligence et à son invraisemblable mémoire olfactive que nous lui devons la formule de l’Eau de Cologne de Napoléon à Sainte-Hélène.

[thrive_leads id=’74579′]

La formule du souvenir.

Récoltant herbes, fleurs et écorces, étudiant assidument les ouvrages à sa disposition, le Mamelouk Ali parvint à formuler une recette hespéridée propre à offrir à Napoléon le seul réconfort olfactif auquel il n’avait plus accès depuis sa retraite forcée. L’utilisation considérable que l’Empereur faisait de l’eau de Cologne et l’empressement de ses fidèles serviteurs à lui en procurer – et ce par tous les moyens possibles, fussent-ils de la fabriquer eux-mêmes – prouvent bien l’importance de la fragrance dans la vie de Napoléon. Il fallu certainement nombre d’essais infructueux avant de parvenir à la recette tant recherchée. La précieuse formule participa sans doute du bien-être de l’Empereur. C’est ainsi que le Mamelouk Ali la conserva jalousement toute sa vie durant, si bien qu’elle ne fut retrouvée qu’à la fin du XXe siècle lors de la vente de ses effets personnels. À l’abri dans une malle, l’acquéreur passionné d’histoire napoléonienne découvrit la formule, unique souvenir olfactif de Napoléon. Un trésor aujourd’hui ressuscité.